23/01/2006

L'angoisse, construction de la raison ou émotion pure ?

 

Ma tête est une grande pièce en bois, spacieuse, lumineuse et aérée. J'y range toutes sortes de choses auxquelles je tiens, de manière délibérée, mais viennent s'y entasser également un tas de brols dont je ne sais que faire. Parfois, je prends mon courage à deux mains et je fais le ménage, mais pas beaucoup car j'aime assez ce mêli-mêlo de souvenirs, d'images, de couleurs, de parfums ou d'émotions. Toutes ces choses me font ou font partie de moi. Peu importe, ce qui est sûr, c'est que ca se passe à l'étage du dessus, que je le veuille ou non.

 

Ô, il y a bien des fois où je voudrais changer certains objets de pièce. Aller les caser plus bas, et quand vraiment ils m'emmerdent, les jeter. Illustration de ce propos : petite, je me suis noyée à deux reprises. Une première fois alors que je n'étais qu'un nourrisson et que ma mère me faisait prendre un bain. Elle se retourne pour prendre un essuie et j'en ai vite profité pour faire un cumulet tête dans l'eau. En quelques secondes à peine, je venais de rencontrer ma première angoisse, celle qui ne voudrait plus me quitter avant longtemps. Trop petite pour m'apercevoir que cette chose gluante était entrée dans ma tête, j'ai continué ce qui faisait mon quotidien : boire, manger, dormir... grandir.

 

Trois ans plus tard, mon père décide qu'il est temps que j'apprenne à nager. Il y a à cette époque un facteur dont il s'est déjà rendu compte et qu'il combattit fermement pendant des années : mon indéfinissable peur. En effet, petite, j'étais une grande couillonne. Je vous passe les centaines de fois où j'ai dû aller chercher du bois dans la remise du jardin alors qu'il faisait nuit noire et que notre maison était entourée par les bois....

 

La nage donc. Nous sommes en Turquie, la mer est belle, il y a du soleil. Je suis une petite fille heureuse. Et dans l'eau, à quelques mètres de la plage, je remue des gambettes, les mains accrochées à un coussin gonflable, sous l'oeil attentif de l'homme qui m'a donné son nom. La leçon de natation semble bien se passer. Deuxième étape, celle du petit chien. Mon père retire le coussin, et je me noie une seconde fois. Je remonte et replonge, la panique me gagne, j'étouffe, j'ai beau gigoter de toutes mes forces, je suis aspirée par l'eau...trou noir.

 

A 17 ans, je me suis inscrite à un cours de plongée sous-marine, où j'ai dit au moniteur : "Je ne sais pas nager, j'ai une trouille bleue de l'eau et des animaux de mer, et j'angoisse complètement dès que j'ai la tête sous l'eau". Quelques semaines plus tard, je savais nager et l'été suivant, je (me) jouais dans (de) l'eau.

 

Et ce fut le début d'un énorme nettoyage dans ma jolie pièce en bois. Ca ne m'arrive pas souvent, car je suis alors obligée d'utiliser les grands moyens et n'étant pas une spécialiste, j'angoisse à l'idée de faire des dégâts.

 

Dans le même ordre d'idées, mais placé différemment, traîne une chose dont j'aimerais me débarrasser... j'ai une peur panique du viol. C'est réellement une angoisse profondément ancrée en moi. Rien que son évocation dans un livre ou un film me donne la nausée, une grosse boule s'installe dans ma gorge, mon coeur est prêt à exploser, je tremble de partout. Cette horrible chose est là, chez moi, dans ma pièce et faut que je m'en débarrasse. Pas moyen ! Elle court dans tous les sens, joue avec mes nerfs et me sème à chaque fois. Si un jour, je la croise hors de la pièce et me fais violer, je crois que je me laisserai faire en m'isolant parmi mes objets préférés...ou j'arrêterai de respirer car j'aurais alors rencontré ce qui me ferait mourir de peur.

 

Ma grand-mère me dit que pour elle, ce serait le plus beau dernier cadeau qu'on pourrait lui faire, se faire baiser une dernière fois avant de crever. Mais elle, rien ne lui fait peur, elle ne ressent aucune angoisse, n'a aucun désir, aucune envie. C'est peut-être lié.

 

Il fait plein soleil sur ma pièce, ces temps-ci, elle resplendit. Ca n'a pas toujours été comme ca, mais depuis quelques temps, cette pièce est belle quoi qu'il arrive. J'y traîne régulièrement, à regarder, à toucher, à m'y prélasser. Et parfois, je n'y vais pas pendant des semaines, mais j'y reviens toujours avec plaisir, ramenant de nouveaux objets, rangeant les anciens, astiquant certaines belles choses, enfermant dans les tiroirs de mon meuble magique préféré les éléments auxquels je tiens le plus. Je mets en scène les couleurs, les souvenirs, les impressions, les émotions... ha oui, je ne vous avais pas dit, je ne peux pas descendre ces objets plus bas que cette pièce du haut, mais je peux par contre en remonter certains qui viennent de plus bas, pour les admirer vu d'en haut.

 

Alors, vous savez, l'angoisse, hein, ce que j'en fais ! Celle qui est construite par je ne sais quel événement, ben je la balance aux oubliettes de mon âme, et celle qui est imaginaire, je n'y fais pas trop attention, elle aimerait trop que je lui donne de l'importance.

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